Le screencast, un document qui se dévoile au rythme de la voix

jeudi, Aoû 14 2014

Quel mot horrible : screencast ! Si vous en connaissez un meilleur (et en français) pour parler de « capture dynamique d’écran informatique avec commentaire oral », je suis preneur. J’aime bien l’expression « capsules vidéos », mais elle recouvre d’autres techniques plus larges que la simple capture d’écran.

La particularité du screencast est en effet sa simplicité, dont le revers est une certaine rusticité : pas d’acteurs à l’écran (peut-être de temps en temps celui qui parle, en vignette), pas de décors (peut-être parfois un fond d’écran), pas d’effets de caméras (peut-être ici ou là un zoom sur un détail), juste des images, un peu de texte, des animations, et une voix.

Je fais maintenant (presque) tout de cette manière.

S'il s'agit d'expliquer quelque chose : je fais un screencast.

S'il s'agit de mettre en situation, de présenter une activité : je fais un screencast.

S'il s'agit de montrer comment faire : je fais un screencast.

Bien sûr, cela ne m’interdit pas de faire les exposés devant un groupe d’étudiants ou d’enseignants, c’est même nécessaire pour tenir compte des questions et des réactions.

Si je fais moi-même tous les exposés en présentiel, je prends un risque : celui d’apprendre à quelqu’un quelque chose qu’il sait déjà (et je vais perdre son attention). Si, pour ne pas lasser mon auditoire, je ne fais que certains exposés, je prends un autre risque : celui d’expliquer à quelqu’un quelque chose qu’il aura du mal à comprendre s’il manque un maillon. Si au contraire, j’ai préparé les différents éléments, chacun pourra les consulter en fonction de ses acquis. Un étudiant pourra ne rien écouter, et arriver au but par ses propres moyens ou avec des ressources autres, alors qu’un autre choisira d’écouter simplement un élément pour lequel il a besoin d’éclaircissement. En général, un nombre important d’étudiants écoutent l’ensemble de mes screencasts, peut-être par prudence, peut-être parce qu’ils sont capables de faire autre chose en même temps, quitte à revenir en arrière si nécessaire ; magie de la vidéo : l'étudiant coupe le prof et le fait répéter à volonté !

Mes interventions s’appuient sur des documents numériques, de l’exposé au screencast il n’y a qu’un pas : l’enregistrement. Le résultat présente une particularité importante. Alors qu’une page imprimée, ou au format PDF, est affichée en un bloc, dans un screencast elle se construit peu à peu, élément par élément, au rythme du commentaire. La voix guide l’auditeur, et lorsque le tout est bien synchronisé, l’appropriation en est facilitée.

Question fabrication, on pourrait craindre que ce ne soit trop coûteux en temps à produire. Ce n’est pas un obstacle majeur : une fois que le contenu est prêt, que l’exposé est rodé, s’il faut prévoir une bonne demi-journée pour la première réalisation, par la suite, on peut arriver à faire un screencast de 3 minutes en une demi-heure.

Quand j’ai débuté dans l’enseignement, au millénaire précédent, je me prenais parfois pour un acteur, un comédien qui devait capter l’attention de son public pour ensuite le mettre au travail. Avec le numérique, je suis devenu plutôt scénariste, imaginant des situations invitant les étudiants à atteindre un objectif, tout en mettant à leur disposition les éléments nécessaires pour y parvenir.

En faisant des screencasts, je suis également devenu (modestement bien sûr, que Luc B. ne craigne pas la concurrence !) metteur en scène et réalisateur. Je peux ainsi produire les différents éléments de mes scénarios pédagogiques, et les mettre en ligne pour une utilisation en présence ou à distance.

Scénariste, acteur, metteur en scène, réalisateur, tout ceci n’est finalement qu’une partie du travail habituel de l’enseignant : préparer (cours, exercices, problèmes, activités), exposer, expliquer, raconter, donner des indications, montrer une solution. Le faire avec des screencasts favorise l’autonomie des étudiants, facilite la gestion de l’hétérogénéité et dégage du temps, de la disponibilité, pour l’écoute, le dialogue et toutes les «vraies» interactions entre «vrais» gens.



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Thierry Marchand,

thierry@onef.fr