Le numérique ne révolutionnera pas l'enseignement

  samedi, Jui 06 2015

Depuis maintenant plus de trente ans, le numérique bouscule notre façon de travailler, de nous amuser, de nous informer, de communiquer. Il agit aussi, pour le moment de manière beaucoup moins spectaculaire, sur notre façon d'apprendre et d'enseigner. Devant la diversité et l'intensité des problèmes de notre système éducatif, il est tentant de penser que « le » numérique va révolutionner l'enseignement. Ce n'est pas vrai !

À l'école, on ne fera pas une révolution pédagogique en remplaçant les tableaux par des TNI, en faisant revenir les ardoises sous forme de tablettes (même si ce sont de bonnes idées). À l'université, les MOOC sont surtout une occasion de parler « numérique », un sujet de débats économiques autant que pédagogiques. Les SPOC sont loin d'avoir une place significative. Ce sont des objets qui, souvent, inquiètent plus qu'ils n'ouvrent de perspectives.

Les tenants du numérique dans l'enseignement, encore peu nombreux de fait, se partagent en deux camps. L'opposition entre « culture numérique » et « outils numériques » est toujours aussi vive, comme on peut le voir dans le pseudo débat sur l'apprentissage du code informatique à l'école. Pour les uns, il s'agit d'une intolérable prédominance accordée à la technologie, pour les autres c'est une nécessité pour l'avenir économique du pays. (D'accord, c'est une caricature, mais je trouve amusant de caricaturer les positions caricaturales). Cette opposition artificielle est particulièrement sclérosante : aucune décision ne peut faire consensus, aucune dynamique ne peut être enclenchée.

Certains profitent de leur maîtrise technique pour se lancer dans une pratique que l'on n'a pas encore enseignée. D'autres utilisent leur bagage théorique pour éclairer certains phénomènes à partir de références plus larges que le simple environnement actuel. Évitons de soupçonner les premiers d'agir par fascination pour les gadgets et les seconds d'être les gardiens d'un temple qui n'a jamais existé.

La question aujourd'hui n'est pas de savoir s'il faut enseigner le code informatique à l'école (comme s'il pouvait en être absent !). Le débat n'est pas entre la formation des enseignants aux outils numériques ou leur entrée dans la culture numérique (comme si on pouvait séparer les deux).

Comme je l'ai dit dans un billet précédent, la pratique déclenche la réflexion. C'est avec mon expérience des outils N que je construis ma culture N. J'espère participer à l'apparition de nouvelles pratiques, au développement d'usages facilitant les apprentissages, à l'évolution de systèmes trop fermés. C'est en formant les enseignants aux outils que je peux les aider à se construire une culture numérique. Je ne comprends pas qu'on oppose les deux.

Les enseignants ne pourront changer leurs pratiques, modifier leur positionnement, accepter de nouvelles façons de travailler, supporter l'explosion numérique qui les attend, que s'ils disposent des compétences nécessaires pour maîtriser les outils qu'ils choisiront d'utiliser.

Ce n'est pas le numérique qui façonnera l'école de demain, mais ce que les enseignants pourront en faire.



Dernière modification le samedi, 06 juin 2015

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Thierry Marchand,

thierry@onef.fr